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jeudi 20 septembre 2012

Jeantimir Kchaoudoff : entre délicatesse et brut-dripping

Jeantimir
Entre délicatesse et Brut-dripping

Trois personnages. Un garde-champêtre infantilisé (ou l'enfant mut en républicain au tambour ?); Un être ovoïde aux pieds de baignoire, puis un bolide flanqué de passagers fox-trot (en réalité : les pompiers de St-Rémy-de-Provence!); le tout sur un fond bleu anti-IKB.


Vous venez d'entrer dans l'univers de Jeantimir, plasticien. Homme-enfant aux mille vies, entre blessures et émerveillement. Une vocation improbable et un succès inespéré pour ce doux colosse au langage burlesque.

Car Jeantimir s'exprime à travers une prose plastique universelle; Si ses encres et coloriages sont construites d'un trait raffiné extrêmement simplifié; Ses peintures sont déchirées et déchirantes, comme un « Brut-dripping » aux couleurs virulentes. Et l'ironie est désarmante voire pychoextatique pour ce messager émérite de la sublimation d'une enfance inéluctablement figée.


Visage, Huile sur toile (60 x 50 cm), non daté

Mais n'ayez crainte ! Avec Jeantimir, il n'y a pas l'once d'une agression. Juste un cri d'enfant souriant.

(Annonce-presse publiée pour le Salon ArtNim 2011, septembre 2011)

Oeuvres de Jeantimir :
  • collections privées (USA, France)
  • collections publiques dans les musées d'art brut français de La Fabuloserie et La Halle St. Pierre
  • plus de 100 ventes publiques réalisées (Artprice)        

mardi 18 septembre 2012

Jeantimir Kchaoudoff : bio express

De la perte à la reconnaissance


Jeantimir Kchaoudoff (droits photo : salon-artshopping.com)



Comme l'ensemble de son oeuvre, la vie de Jeantimir est (sur)prenante, aventureuse voire surréaliste. Celle d'un homme qui semble traverser le temps...d'un roman.

Jeantimir Kchaoudoff est né en 1941, d'un père caucasien et d'un mère alsacienne. Enfant, la vie lui dispense son lots de malheurs. A 8 ans avec la perte de son père, mort à 52 ans; Plus tard placé dans un orphelinat car sa mère est atteinte de tuberculose. « Lâché » à 13 ans dans le quartier animé du Faubourg St Antoine, celui qui se définit comme « titi parisien », hume plus l'atmosphère parisienne qu'il n'aime son nouveau métier de menuisier. De cette époque, datent ses premiers dessins, cachés encore dans un cœur d'enfant. Le retour à la réalité est plutôt violent lorsqu'il débarque à Tizi Ouzou durant les évènements algériens. Cela parachèvera son service militaire dans une torpeur psychologique, enfouie encore dans le non-dit. (Tout comme d'autres épisodes perturbés). De retour à Paris, Jeantimir multiplie les petits boulots et se rapproche des métiers artistiques (peinture sur toile cirée, transport d'antiquités). Puis la rencontre déterminante de Marceau Rivère, éminence des arts premiers africains. Ce dernier lui ouvrira les portes des galeries parisiennes et lui permettra d'être artiste... à temps plein depuis seulement 15 ans. Et de quelle manière ! Songez que ses oeuvres ont déjà plusieurs fois traversé l'atlantique, sont entrées plusieurs hauts lieux de l'art brut et sont très prisées des salles de Drouot.

Inespérée, inattendue, la vie a fait de Jeantimir un être fantasque par souci d'esquive.

Jeantimir vit et travaille à Nogent-le-Rotrou (28). 
 - galerie artémise
 - galerie Artop 

Benoît Courcelles, septembre 2011. 

vendredi 20 avril 2012

Si Klein avait vu ce bleu ... (Chronique 1 sur Jeantimir)


Si Klein avait vu ce Bleu…






Jeantimir, Coloriage-encre (non daté), « Les pompiers de St-Rémy-de-provence »


Si Klein avait vu ce Bleu d’encre non IKB*, relégué au stade de décorum et entâché par trois scènes banales, il aurait changé de couleur; Car le blasphème est total !

Mais Jeantimir n’a que faire de l’histoire de l’art. Ses rêves se concrétisent très simplement sur le papier. Au rebus les périgrinations intellectuelles. Superflu. L’artiste ne marche pas sur la tête. Il respire, observe, mange, dort ; Puis saisit son crayon, pinceau et dessine sans préméditation, d’un trait naturel. La courbe est heureuse _ car l’arrondi prévaut, et les personnages naissent, comme par enchantement. Les attitudes sont déjà bien campées et les expressions mi-figées mi-perdues. Le coloriage ravive chaque élément, cristallise la composition et apporte le volume. Très vite, la petite scène s’humanise. Signature apposée, œuvre terminée.

Mais Klein, du haut de son bleu paradis niçois, rougit de colère en découvrant avec stupeur plusieurs agents perturbateurs envoyés par je-ne-sais-quel-diablotin. Saperlipopette, quelle farce Jeantimir nous joue là ! Regardez plutôt. « Tu as tué ma dialectique! » Car la patte prosaïque s’est collée sans accord amiable.

Voici le récit détaillé de ce dessin-coloriage à l'encre que l’on pourrait nommé : « Pompiers foxtrot, infant garde-champêtre et être ovoïde ».

Première scène (sur le tiers haut à gauche)
Un œuf vermillon renversé, en vue transversale, griffé de jaune sur le devant avec un petit point juste au-dessus, et reposant sur deux disques bleu clair. Ajoutez au-dessus une ligne droite toujours vermillon, qui précède trois bustes à la coupe des années folles. Suggérez le volant et vous avez une farce indiscible. A première vue, ce ne sont que trois dames embarquées dans un bolide rondouillard. Mais si l'on focalise sur des points de détails, tout à coup : l'avant de l'automobile devient poisson, et l'accès à l'intérieur s'effectue par une échelle sinueuse et en volutes. Car ce sont «les pompiers de St Rémy de Provence », comme nous l'indique Jeantimir.

Seconde scène (sur le tiers à droite)
Loin d'être un simple narrateur de ses propres visions ou émotions via le prisme de l'enfance sublimée, Jeantimir métamorphose notre réalité en une divine comédie burlesque, pittoresque et délirante. Comme une toute simple surréalité salvatrivce. L'inconscient fait jaillir, telle une écriture automatique, un petit bonhome sphérique, à la géométrie terriblement simplifiée, tenant sur ses pieds palmés. D'adorables petits soleils en escargots pour ses yeux, alors que ses lèvres sont formées par un sentier aux tours et détours où nous aimerions errer. La cocarde républicaine et le tambour suffisent pour marquer notre personnage du sceau officiel. On entendrait même les trilles de notre garde-champêtre aux allures d'enfant impassible.

Troisième scène (sur le tiers en bas à droite)
Menu regard rosé ressorti de sa carapace oblongue. Sans identité connue, ce personnage attendrissant repose sur des pieds-supports comme fixés au sol. Kafka n'est pas loin. Doux être que l'on doit aimer parce qu'il vit et apporte une autre vision du vivant, de la beauté. Il est poésie.

Que faire de pareilles scènes monstrueusement indépendantes ? Aucun commentaire. Monsieur Klein, ne soyez pas terrorisé car Monsieur Jeantimir est un véritable artiste révolutionnaire ! Vous qui avez touché l'absolu de vos propres doigts, comprenez que vous êtes face à un énergumène poignant, épique poète aux scènètes pétries d'humanité.

Au final, Klein jette l'éponge, et d'un sourire en coin capitule devant cet imaginaire implacable. « L'air de rien, Jeantimir, tu as pris mon ciel. Mais je m'incline devant un seigneur. Vous avez gagné puisque je ne vois plus que vos personnages enigmatiques. Extatique sans tactique. Sauf celle peut-être du gendarme comme le chantait Bourvil de son pas de danse faussement gauche et au burlesque immensément efficace. »

Que faire de plus ! 

*L'IKB (International Klein blue) est un bleu outremer extrêmement saturé, mat et d’une absorption totale, résultat d’un an d’expérience effectué par Yves Klein (peintre et performer, 1928-1962) avec un chimiste. Breveté en 1960, il est, selon Klein,
« la plus parfaite expression du bleu », la définition picturale, la matérialisation de sa sensibilité individuelle entre étendue infinie et immédiate. « Les monochromes bleus » seront l’essence de la peinture monochrome du 20ème siècle. L’IKB incarnera la dialectique entre la matière et l’esprit, le physique et le spirituel, le temps et l’infini.

Jeantimir KCHAOUDOFF 
né en 1941, vit et travaille à Nogent-le-Rotrou (28)
- Galerie Artémise : http://www.artemise.net/-jeantimir-a7.html
- Galerie Artop : http://www.artop.fr/commande/critere.cgi?&makeframe=TRUE




Benoît Courcelles©, dec. 2010